La route la plus directe pour se rendre aux Philippines depuis Nouméa est de passer par les Vanuatu, Salomon puis Palau et enfin rejoindre Cebu une des plus grande ville des Philippines. C’est celle qu’ont empruntée plusieurs amis et leur compte rendu ne nous a guerre fait envie ; autant au niveau de la navigation avec une traversée longue et laborieuse du pot au noir assaisonnée de courant contraire qu’au niveau escales puisqu’ils n’ont pas trouvé les Salomon surs (Claude s’est fait piller son bateau) et que la taxe d’entrée à Palau (surfait par le tourisme) est chère. Nous avons donc choisi de passer de l’autre côté ; avec plus de milles à parcourir certes mais plus de vent et du courant portant selon nos pilots charts. Cette option impliquant également une traversée de l’Indonésie avant le mois de Novembre qui est la période de transition entre les deux régimes de mousson se traduisant par des calmes généralisés sur zone. Nous avons quitté Nouméa mi-septembre en insistant lourdement pour obtenir notre clérance de sortie auprès du service d’immigration dont les bureaux sont fermés pour le week-end à partir du vendredi midi ; moment que nous avons choisi pour faire celle-ci…les prévisions météo annoncent un vent plutôt faible et quatre jours après notre départ nous étions encore dans le lagon de Nouméa ! Pas de quoi fanfaronner mais avec de la persévérance nous sommes finalement arrivés dans les parages des Chesterfield où nous nous sommes malheureusement pas arrêtés puisque en essayant de tirer des bord ¾ arrière avec le spi dans ce petit temps nous sommes arrivés beaucoup trop au NE et cela nous aurait contraint à faire de la marche arrière. Par contre nous avons fait un stop de 48 heures à Mellish reef, 200 milles plus au Nord et cette escale nous a enchanté. Bien abrités de l’alizé par le récif nous avons mouillé dans 5 mètres d’eau cristalline à proximité d’un petit îlot de sable colonisé par les oiseaux. C’est fabuleux de se retrouver au mouillage au milieu de l’océan dans ce lieu si beau et si sauvage !

La suite du trajet jusqu’au nord de l’Australie a été rapide avec un alizé en poupe bien établi autour de 20 noeuds agrémenté par une pêche fructueuse : thon rouge, barracuda sans parler de tous les poissons volants venus s’échouer sur le pont.

Le passage de Torres a été facile, nous sommes rentrés juste à la tombée de la nuit par la passe de « Yule Entrance » en début de marée montante avec 5 nœuds de courant en notre faveur et sommes ressortis presque en face un tout petit plus au NO le lendemain après midi par le « Napoléon passage » chauvinisme oblige… Du coup nous n’avons croisé personne ; pas un seul cargo ni avion alors qu’il est fréquent parait-il de se faire survoler pour un contrôle d’identité en cet endroit.

A partir de Torres nous arrivions dans la grande inconnue : il y aura-t-il assez de vent, des pirates sur la route, des poissons étranges au bout de la ligne ? Jusqu’à Céram nous avons bien marché sous spi vent arrière (pour changer) en faisant de bonne moyenne avec toujours du courant en notre faveur. Nous nous sommes seulement arrêtés 1 heures en chemin pour changer la poulie de spi de tête de mat. La suite a été moins rapide aux abords de l’équateur et du fameux pot au noir. Mais c’était prévisible et nous avons attendu patiemment quatre jours dans un petit mouillage sympathique sur une île indonésienne (Tg Wane) le bon vouloir du vent. Pour terminer nous avons fait un direct sur les Philippines avec seulement une nuit de pétole (avec une dérive en notre faveur merci le courant) et une petite frayeur de deux heures de calme absolu à 60 milles du but ! Nous avons donc réussi notre pari de gagner les Philippines sans l’aide du moteur. Au niveau pêche par contre nous avons récolté un zéro pointé en Indonésie ; le fantasme du poisson inconnu est toujours vivace ! Pour la piraterie voyez par vous-même : en mer lorsqu’un colé colé ou sampan (embarcation de pêche local) t’aborde c’est pour t’offrir généreusement du poisson…

Concernant les oui dires à propos de la circulation maritime, sur cette route nous n’avons pas croisé grand monde excepté en mer d’Arafura (qui correspond à un plateau aux eaux peu profondes) où nous avons été surpris par le nombre de bateaux de pêche qui oeuvrent la nuit, mais au-delà des 50 mètres ils se font beaucoup plus rare. Plus loin dans la Banda Sea nous avons croisé aussi quantité de dauphins et aperçu plusieurs baleines. C’est un quartier très riche ou l’on peut trouver des fausses sous marines de plus de 7000 mètres. A terre, où nous avons relâché quelques jours, nous étions mouillé en face d’un village. Les habitants ne parlant que l’indonésien de Sulu nous avons réussi à faire un peu de troc (poissons, langoustes, fruits) en utilisant le langage international du dessin…Ils sont curieux de nous et montent volontiers à bord pour boire le thé. Tout le monde est musulman et le soir ainsi que très tôt le matin nous avons le droit à la sérénade du muezzin.

Encore plus loin dans la mer de Céram et des Moluques nous avons plusieurs fois traversé des zones de turbulence dues aux courants qui sont parfois très forts aux abords des îles : attention aux mascaret ! Le 20 octobre nous avons coupé l’équateur pour la quatrième fois depuis notre départ, nous revoici donc dans l’hémisphère nord. Nous ne regrettons pas notre choix pour cette route Nouméa - Philippines via l’Indonésie. Nous avons navigué 3400 milles avec vent et courant portant d’un bout à l’autre.