Nous avons entrepris la traversée vers la Nouvelle Zélande à partir de Nouméa où nous avons seulement fait un saut de puce en descendant du Vanuatu. Les prévisions météo nous annonçaient une semaine de travers à 15/20 nœuds mais le courant aidant nous n’avons pas du tout eu ces conditions climatiques. Dès notre sortie du lagon un bon près serré a donné le ton pour le reste de la navigation ! Au moins la nuit nous étions bien callés dans nos couchettes… Quatre jours après le départ nous avons eu du gros temps pas du tout prévu par nos fichiers gribs qui nous a fait filer bien vite sous trinquette seule. Ce fût donc une traversée venteuse, exceptée à l’arrivée, lorsqu’à moins de 100 milles des côtes Néo Zélandaises le vent nous a soudainement abandonné. Le rythme étant beaucoup plus calme nous avons eu tout le loisir d’admirer le paysage pour rejoindre Opua ; un des ports d’entrée en Nouvelle Zélande. Lorsque nous nous sommes rapprochés une agréable odeur de forêt se dégageait des côtes verdoyantes et escarpées. Opua se situe assez loin dans les terres ; c’est un petit port excentré, bien abrité avec une marina et une grande zone de mouillage. Avant d’y arriver nous devons traverser la baie des îles et passer devant deux petites villes touristiques Pahia et Russel puis remonter la rivière. Nous sommes arrivés en fin d’après-midi et avons attendu au quai de quarantaine le lendemain pour faire les formalités d’entrée. Tout c’est très bien passé avec les douaniers qui ne sont pas aussi terribles que ce qui peut se dire. Ensuite la priorité pour nous a été de trouver un nouveau moteur et une annexe ; car l’optimiste c’est bien gentil mais on en avait un peu marre de rentrer tout mouillé. Et pour cela nous sommes descendu à Whangarei environ 150 milles au Sud ; un lieu propice pour ce genre d’affaire car c’est le coin des chantiers navals et des shipchandlers. Nous y sommes restés le temps d’y acheter un mercury neuf et sommes repartis rapidement vers Opua afin de rejoindre des copains pour les fêtes de fin d’année. Nous avons passé Noël sous une pluie battante. Résultat personne n’a eu le courage de faire des courses et nous avons festoyé gaiement autour d’une pizza. Le premier de l’an vous le pensez bien fût aussi copieusement arrosé ! Le temps de cuver puis visite de la baie des îles sous un soleil radieux. C’est pas mal du tout ; chaque île possède des sentiers qui nous permettent d’accéder à de beaux points de vue. Les collines sont pleines d’une herbe épaisse et de magnifiques arbres aux fleurs d’un rouge éclatant. Ce n’est pas les mouillages qui manquent mais, en cette saison de grandes vacances pour les autochtones qui possèdent presque tous un voilier, il y de la circulation. Certaines sont également dotées de plages et comme c’est l’été et que la température de l’eau le permet encore nous faisons nos premiers ploufs en Nouvelle Zélande (nb : il n’y en aura pas beaucoup d’autres). Le quartier est également très poissonneux ; majoritairement des snappers et kings fishs ; peu de temps suffit pour remonter le dîner. L’autre agréable surprise est la quantité d’huîtres et de moules qui s’amassent sur les rochers à marée basse. Il y a comme un petit air Breton ; on adore ! Ah oui, j’oubliais les coques et les télines aussi… Mais les bonnes choses ont une fin et l’heure est venue de caréner La Mandragore. Nous redescendons pour cela à Whangarei, dotés d’une nouvelle annexe Walker Bay d’occasion que nous avons trouvé sur le site des petites annonces Trade Me. Whangarei est une ville plaisante, assez grande également située au bout d’une rivière. Pour y aller il faut remonter quinze milles dans les terres en suivant un chenal sinueux. C’est difficile de trouver des conditions climatiques qui permettent de faire tout le trajet à la voile ; d’autant plus qu’il existe un fort courant lié aux marées et gare à celui qui s’est trompé dans ses calculs ! Nous choisissons le chantier de Dockland Five, dit le chantier des Français car le gérant est tolérant vis-à-vis de notre indiscipline nationale pour sortir La Mandragore. Il y a pas mal de travail dessus et Julien se retrouve seul pour les travaux car je suis partie faire la cueillette des pommes dans le sud de l’île nord. Pas facile pour l’un comme pour l’autre ! Dans mon cas je découvre que les titulaires étrangers de moins de trente ans munis d’un permis de travail working holliday sont bien peu de chose. Nous sommes très nombreux et représentons une main d’œuvre inespérée pour les exploitants qui en profitent ; bas salaires, horaires de travail variables selon les besoins ; il m’est arrivé de travailler dix heures par jour pendant 7 jours consécutifs. Pour ceux qui le désirent, il existe également en Nouvelle Zélande la formule du woofing ; logement chez l’habitant gratuit en contrepartie de quelques heures de travail dans la journée. C’est un excellent moyen de voyager à peu de frais et de se rendre compte de la façon dont vivent les gens. Pour ma part, côté logement j’avais pris un lit dans un des dortoir d’un backpacker ; sorte d’auberge de jeunesse où les baroudeurs du monde entier se retrouvent dans une ambiance très joyeuse et plutôt bordélique. Difficile de trouver le sommeil mais très enrichissant culturellement ! A Whangarei La Mandragore a donné du fil à retordre à Julien, c’est vrai que côté carénage on a toujours tendance à repousser le moment et après il y a pas mal de travail. Lorsque je suis revenue de Napier la coque était prête à peindre. J’aurais peut-être du attendre un peu avant de rentrer… mais du coup à deux nous avons été plus efficaces et une semaine après La Mandragore était à l’eau. Trop tôt cependant parce qu’aussitôt après Julien a mis à jour une faiblesse dans la tôle au niveau du pic avant qui s’est soldée par deux petits trous…OUPS ! Il va sans dire que le moral à bord n’était pas au mieux. Nous avons hésité à ressortir le bateau mais avons finalement opté pour une réparation de fortune (et çà de plus à traiter au prochain carénage). Grâce aux marées il est possible de réparer en dessous de la flottaison en amarrant le bateau entre des piles. C’est ce que nous avons fait à Great Barrier un vaste abris naturel qui se trouve à mis chemin entre Whangarei et Auckland. Au mouillage, encerclés de montagnes nous avons vraiment l’impression d’être sur un lac. C’est très paisible. Et ce ne sont pas les hippis de la communauté qui y habite à l’année qui vont troubler la quiétude ! A terre il y a un petit port avec une superette et de multiples randonnées. C’est tentant d’aller crapahuter mais nous aurions quand même du y réfléchir à deux fois avant d’entreprendre l’ascension du mont Hobson. Le copain qui nous accompagne et qui connaît bien le terrain avait prévenu qu’il y avait milles marches à monter et deux milles à descendre. Nous avons voulu faire les braves mais ce petit exercice est très éprouvant pour des genoux pas habitués et celui de Julien a mis plus d’un mois à s’en remettre ! Heureusement qu’il y avait la smoke house pour se relaxer. C’est un endroit génial pour les plaisanciers de passage. Sur un terrain ombragé pieds dans l’eau en libre accès, des gens de bateau qui sont installés en Nouvelle Zélande ont construit une salle de bain avec une baignoire alimentée en eau chaude par un poêle à bois. Il y a également un barbecue, un fumoir à poissons et plusieurs lavoirs pour le linge. Tout le confort quoi ! Par contre le temps se dégrade progressivement ; nous avons de plus en plus de pluie et les températures chutent. Nous essuyons un coup de vent qui emporte deux des pales de l’éolienne. Résultat plus de batteries pour alimenter le frigo et l’ordinateur ! Mais dont worry Auckland n’est pas loin Après une semaine à Great Barrier nous avons donc mis le cap sur la plus grande ville de Nouvelle Zélande sans en être la capitale. Nous mouillons dans la rivière juste en face du centre ville. La nuit c’est magique de voir toutes ces lumières mais le jour le mouillage est intenable car il y a de nombreuses navettes qui circulent et nous ne sommes pas très abrités de la houle qui se forme vite lorsque çà souffle un peu. Par chance il existe un fournisseur pour windgenerators pas loin et nous retrouvons les pales qui nous manquent. Notre séjour à Auckland fût bref car le temps était maussade et Julien incapable de marcher plus de cinq minutes. Nous sommes donc repartis rapidement vers Opua pour attendre une bonne fenêtre météo afin de rejoindre Nouméa. Finalement nous avons attendu un mois avant d’avoir les conditions idéales pour partir pendant lequel nous en avons profité pour approfondir la visite des alentours et faire quelques conserves de moules. Nous sommes déjà au mois de juin et c’est le début de l’hiver austral. Bouh qu’il ne fait pas chaud le matin ! C’est sûrement pour cela que nous avons changé d’avis pour faire route vers les Fidji où il fait bien plus chaud qu’en nouvelle Calédonie à cette saison. Concernant nos impressions générales sur la Nouvelle Zélande nous avons beaucoup apprécié la qualité de la vie là-bas. On trouve de tout dans les supermarchés à pas trop cher, les gens semblent vivre dans l’aisance avec de belles maisons pas entassées les unes sur les autres car c’est un territoire peu peuplé. Les paysages que nous avons pu voir de l’île nord sont beaux et il existe des sentiers de randonnées bien entretenus absolument partout. La pêche y est fructueuse et il y a beaucoup de fruits de mer sauvages. Nous sentons bien aussi que le capitalisme y règne en maître et que beaucoup de choses peuvent être autorisées à partir du moment où ça rapporte of course. Nous n’avons malheureusement pas rencontré beaucoup de Néo Zélandais et encore moins de Mahoris car notre séjour a été majoritairement consacré à l’entretien de La Mandragore et aux apéros entre amis Français.