Coucou chers internautes. Alors que nous nous rapprochons du Vanuatu nous avons une petite pensée pour vous et l’on se dit que nous n’avons pas été chics de vous laisser sans nouvelle si longtemps… Piqûre de rappel : en Octobre 2011 nous arrivions en Nouvelle Calédonie, très précisément sur l’île des pins après un séjour très sympathique à Fidji. Ici, des pins il y en a partout en bord de plage et sur des îlots rocheux élimés à leurs bases comme des enclumes dans l’eau turquoise. Ils poussent tout droits vers le ciel et confèrent un charme étonnant à cette île loin des cartes postales Polynésiennes. C’est un décor auquel nous ne nous attendions pas. Le site où nous mouillons est véritablement très beau. Nous sommes dans la baie de Kuto juste à côté de celle de Kanumera, devant une vaste plage d’un sable que l’on n’avait jamais connu si blanc ni aussi farineux. Plusieurs autres voiliers se trouvent également là car nous ne sommes pas encore en saison cyclonique et, pour descendre, tout le monde débarque au petit quai en bois sur le côté. On trouve en bord de route une échoppe à souvenirs et quelques superettes dont les prix prohibitifs nous incitent à choisir que le strict nécessaire. Au cours de nos promenades à terre les habitants que l’on croise nous saluent d’un Bonjour Monsieur Bonjour Madame timide, un chouya pas naturel. C’est dommage mais cela nous surprend peu car nous avions eu ouie de certaines tensions entre le peuple Kanac et les Français. D’autre part nous avons ressortis les couvertures dans la couchette et le temps de baignade s’ajourne à mesure que le ciel se voile. Peu importe ; devant un tel paysage nous ne pouvons que nous réjouir d’avoir décidé d’y rester une année ; le froid çà ravigote et nous aurons tout le temps d’approfondir nos relations avec les autocktones plus tard. Nous sommes contents ; notre aventure Calédonienne commence. Pour se rendre à Nouméa, nous avons encore quelque milles à parcourir. Dans ce sens le vent d’alizé dominant Est/Sud Est à 25 nœuds nous pousse. Partis tôt le matin nous arrivons en soirée dans la rade. Le soleil se couche et, mauvaise surprise, il n’y a plus beaucoup de place dans les baies pourtant larges de Moselle et de l’orphelinat. Beaucoup de voiliers y restent à l’année et on posé des coffres. Nous mouillons légèrement dans le chenal et nous rencontrons Henry, qui sera un bon copain par la suite. Par chance un coffre est libre devant son bateau. Nous nous y installons après avoir obtenu l’autorisation de son propriétaire. Nos autres voisins de mouillage sont discrets et nous nouerons des amitiés sincères. A port Moselle nous sommes tout proche du centre ville et du potentiel « travail ». Comme Papeete à Tahiti, Nouméa est le centre économique de l’île. Nous ne nous en éloignerons pas durant de longs mois et de nombreux Calédoniens n’en sortent Jamais, considérant le reste du territoire comme incivilisé et hostile. Cette cité bien entretenue offre un bon aperçu de la colonie que nos ancêtres ont créé. Premier constat : elle pue l’argent et les inégalités. Deuxième constat : j’aime bien les motifs des robes missions que portent les femmes Kanacs. Troisième constat : C’est calme voire trop calme. Concernant les inégalités : imaginez vous l’un des territoires les plus chers du monde (loyers, produits de consommation, loisirs …) avec des fonctionnaires aux salaires indexés et un SMIC qui ne permet pas de manger à sa faim. En toute logique on rencontre à Nouméa certains jeunes désorientés. D’autre part, même si les femmes arborent de belles robes aux couleurs vives il y a comme une tristesse latente. Nous nous souviendrons longtemps de la fête de la musique. Nous l’avons passé dans un bar à tapas avec des amis où la clientèle était très majoritairement blanche. La soirée en elle-même était sympathique mais lorsque nous avons décidé d’aller voir la fin du concert qui se donnait sur la place des cocotiers nous avons eu la stupéfaction de constater que pas une seule personne dans le public (cette fois-ci plutôt Kanac) n’avait l‘air de s’amuser. Les regards étaient ternes et inexpressifs. On nous a dit par la suite que les Mélanésiens étaient par nature plutôt renfermés et peu démonstratifs. A ce stade de notre séjour nous ne côtoyons d’ailleurs que des métropolitains expatriés dit Zoreilles pour les initiés. Pourtant il y a aussi en Nouvelle Calédonie ceux que l’on surnomme les Caldoches qui sont les descendants des premiers colons, dont, entre autres, les fils de bagnards. Le week-end, pour s’aérer un peu nous nous rendons à la voile sur l’un des nombreux îlots proches de Nouméa. On en profite pour se baigner et faire la fête à moindre frais avec des amis de bateau. Les activités nautiques ont la côte ici. Le lagon calédonien est un vrai terrain de jeu autant pour les amateurs de kitesurf que pour les plongeurs et les familles nombreuses dont les enfants barbotent allègrement dans l’eau. Grâce à une politique de protection efficace on rencontre encore une faune exceptionnelle aux abords des îlots ; tortues innombrables, poissons de tailles honorables, dugongs, requins et …tricots rayés. Alors, pour ceux qui ne connaissent pas, les tricots rayés sont des serpents jaunes et noirs à la morsure mortelle. Ils sont plus nombreux à certains endroits qu’à d’autres ; comme par exemple au phare Amédée que nous avons découvert avec Jean lors de sa venue au mois de Novembre. De loin le site est accueillant ; bel îlot bordé de plages, flanqué d’un phare immaculé (un des plus grand du monde et le premier phare métallique Français qui fût d’abord assemblé à Paris). On aurait bien envie de se dégourdir les jambes et de piquer une tête… sauf qu’on ne peut pas faire un pas sans croiser un de ces reptiles qui, par mimétisme, semblent tous vouloir prendre un bain. Les accidents sont heureusement rarissimes car les tricots rayés ne sont pas agressifs et n’ont pas de bouche assez large pour aller croquer de l’humain. N’empêche La Mandragore ne retournera pas volontiers au phare Amédée. Après un passage obligatoire au centre culturel Djibaou mondialement connu pour son style architectural, nous profitons de la voiture des copains pour visiter le pays. Nous découvrons un paysage montagneux avec une terre rouge caractéristique. C’est le nickel qui donne sa prospérité à la Nouvelle Calédonie. Les exploitations fleurissent partout et, même si elles génèrent beaucoup d’emplois, elles dégradent inévitablement l’environnement. De notre mouillage à Nouméa nous avons d’ailleurs une vue imprenable sur l’usine centenaire de la SLN, potentiellement dangereuse qui déverse ses fumées sur la ville. De même le site de Goro, visible lorsque l’on descend au Sud est sujet à inquiétudes. Il est approvisionné en acide par des cargos plus ou moins en bon état. Les riverains redoutent une catastrophe écologique dans le lagon qui est, à cet endroit, un haut lieu de rassemblement de baleines aux mois d’août et Septembre. Nous sommes justement en Septembre, et nous venons de renter après deux mois passés en France. Le bateau est en bon état. Nous sommes impatients de continuer notre route. Destination les îles loyautés à l’Est de la Grande Terre, qui seront sans conteste nos plus belles escales de Nouvelle Calédonie. Généralement il faut attendre une fenêtre météo d’Ouest ou de vent d’alizé faible pour quitter Nouméa et passer le canal de la Havanah qui est assez difficile si celui-ci est pris au mauvais moment. Ensuite l’alizé Sud Est pousse tranquillement à Maré ou Lifou. A Lifou nous mouillons devant le village de Dououlou au sud de la baie de Santal dans un cadre paradisiaque. Tout le monde est détendu ici et très aimable. A notre arrivée nous avons fait la coutume, qui consiste à offrir un bout de tissu (manou) et de la monnaie au chef de la tribu. Perpétuer cette tradition est une marque de respect envers l’identité culturelle Kanac et fait toujours plaisir. A Wé, qui est le pôle administratif de l’île et que nous rejoignons en stop nous avons retrouvé Christina, une amie qui a obtenu un poste de prof d’espagnol. Elle nous prête gentiment sa voiture ce qui nous permet de faire le tour des sites touristiques de Lifou. Nous sommes ravis de ce que l’on découvre ; grottes, chapelles, calanques... Nous pouvons d’autant plus profiter de la baignade que les eaux ont commencé à se réchauffer avec le soleil qui arrive. Il existe en effet en Nouvelle Calédonie deux saisons distinctes (inversées par rapport à celles de la Métropole) avec une hausse des températures en été et un hiver plus frais. Cette année la saison hivernale était exceptionnellement pluvieuse ; ce qui n’était pas pour nous réjouir en vérité. Mais revenons à Lifou où notre si agréable séjour se solde malheureusement par la perte de notre annexe. L’histoire est banale. On récupère sur la plage nos invités d’un soir et lorsqu’ils montent à bord personne ne s’occupe de l’attacher. On se rend compte que l’annexe n’est plus là trois heures plus tard. Evidemment trop tard, même par nuit de pleine lune. Pour nous dépanner l’école de voile de Wé accepte de nous vendre une coque d’optimiste jaune. Ce n’est pas idéal mais sa forme nous permet d’être efficace à la rame et tiendra bien jusqu’en Nouvelle Zélande où nous en rachèterons une autre probablement. Après Lifou, nous atteignons Ouvéa, 40milles plus au Nord. C’est une escale attendue puisque Julien y connaît du monde pour avoir participé au tournage du film L’ordre et la morale (ref Tahiti) et qu’elle est citée comme « l’île la plus proche du paradis » par les dépliants touristiques. On comprend vite pourquoi : Ouvéa n’est rien de moins qu’une plage de 50km de long donnant sur un lagon aux eaux peu profondes dont les couleurs changeantes passent par toutes les nuances de bleu. Nous arrivons à la tombée de la nuit par la passe Sud et nous remontons le lendemain jusqu’à Saint Joseph à l’extrême Nord, du côté de Gossanah, la tribu où nous souhaitons rendre visite à François, un des acteurs du film sur la prise d’otage d’Ouvéa. Nous sommes accueillis avec chaleur dans sa famille et dans la tribu qui a un mode de fonctionnement très communautaire. Nous déjeunons avec eux sur une table immense. Il faut dire que la famille est nombreuse ! Le dimanche suivant nous sommes invités avec les jeunes de la tribu chez Daniel qui vit avec son oncle et sa grand-mère dans un grand terrain en bord de mer. La journée est très agréable en compagnie de ces gardiens de la terre, comme ils se nomment. Ils aiment leur île et souhaitent la préserver de la mondialisation et du tourisme de masse. Nous comprenons aisément leur philosophie et sommes ravis de leur raconter notre voyage lorsqu’ils nous interrogent sur les us et coutumes des peuples que nous avons croisés. Nous serions bien restés plus longtemps à Saint Joseph mais la météo ne nous le permet pas. Un renforcement du vent est annoncé et il est plus sage de descendre à Fayaoué au centre de l’île, là où le sable est de meilleure tenue. Encore une fois, nous sommes bien accueillis et profitons de la connexion internet de l’école de voile. Les jours passent ainsi paisibles. Puis un matin, nous décidons de faire un tour sur l’île inhabitée de Beautemps Beauprés sous un soleil radieux et une faible brise à 30 milles au Nord Ouest. L’accès requiert une bonne visibilité pour cheminer entre des gros pâtés de corail et un temps calme. Le site est incroyable ; nous sommes dans une piscine naturelle aux eaux translucides devant une plage magnifique, rien que pour nous ! L’endroit est complètement sauvage. Nous nous livrons avec plaisir aux activités dites « substantives » : ramassage de coco sur la plage, pêche à la ligne et tentative de pêche sous-marine vite écourtée suite à l’apparition d’un requin gris et de deux pointes blanches peu farouches. A terre l’excursion tour de l’île se révèle être un vrai parcours du combattant : corail coupant, araignées géantes et nichée hostile d’oiseaux de mer. Que c’est bon l’aventure ! Et puis la veille de notre départ, pour clore cette escapade à BeautempsBeauprés, les baleines s’en mêlent, juste en face de la Mandragore, à portée de mon objectif ! J’oubliais également de signaler que le lagon d’Ouvéa est très poissonneux et qu’il est miraculeusement épargné par la ciguatera. Evidemment on en profite ; mékois, barracudas sont au menu. Difficile de se décider à partir dans de telles conditions. Voici déjà plus d’un mois que nous aurions du quitter le territoire. Le Vanuatu nous attend.