Nous arrivons par le nord sur l’île de Vanua Levu ; une des deux îles principales de l’archipel après une navigation de quatre jours assez fatigante avec au début un vent bien faible et pour finir avec une bonne brise. Le port d’entrée, SavuSavu, est une ville tranquille et colorée, idéale pour se familiariser avec l’accueil exceptionnellement chaleureux des Fidjiens, fait de « Bula Bula » (bonjour, bonjour) éclatants et le fameux « Fidji time », art de vivre insulaire. Nous nous amarrons à l’un des coffres de la marina familiale « Waitui marina » et patientons jusqu’à la visite des customs qui prolongent leur pause déjeuner jusqu’à 15h. L’inspection du bateau est vite faite et les formalités pas plus contraignantes qu’ailleurs. Ce n’était vraiment pas la peine de planquer le confit de canard dans le sac de trinquette et le champagne sous les durites du compartiment moteur ! Nota Bene : nous avions envoyé 48h avant notre arrivée le formulaire C2C, ce qui n’était pas le cas de Claude, un ami qui a été retenu longuement et contraint d’envoyer une lettre d’excuse au gouvernement. Après les Tonga, nous sommes contents de trouver des supermarchés bien pleins. Pour nous la vie n’est pas chère ; 1 dollar Fidjien équivaut environ à 40 centimes d’euros. Restaurants, shopping…la fièvre acheteuse nous gagne….entretenue par les musiques languissantes qui s’échappent des bars et des boutiques Indiennes. En effet, malgré une majorité de Mélanésiens plus de 40 p. 100 de la population est Indienne. La vague de migration a eu lieu dans les années 1880-1920 et correspond avec le début de l’exploitation massive de la canne à sucre. Ce phénomène est surtout remarquable dans les villes où la plupart des commerces sont tenus par les Indiens. Le spectacle dans la rue est des plus réjouissant ; les femmes sont gracieuses avec leurs sarongs de couleurs vives. Au marché, nous découvrons de nouveaux produits et apprécions particulièrement les petites friandises salées que les Indiens grignotent toute la journée. Nous nous sentons bien à SavuSavu. Pour l’anecdote, la ville est dotée de sources d’eaux chaudes près de l’école. Les locaux ont bien compris leur intérêt et y font bouillir leurs marmites et leur linge. Nous restons une dizaine de jours puis mettons le cap sur Viti Levu, 80 milles au Sud, l’île qui abrite les plus grosses villes des Fidji. La météo n’est pas avec nous. La brise est faible et un courrant contraire nous freine. Nous avons en effet préféré partir avant le coup de vent que nous essuyons pendant deux jours à Levuka, première capitale, choisie par les Anglais, malheureusement pas très bien abritée. Cette petite ville sous la grisaille nous semble bien terne après SavuSavu. Sitôt le vent apaisé nous poursuivons vers Suva, la nouvelle capitale à l’Est de l’île. En route, un beau deux mats à voile carré toutes voiles dehors nous dépasse : fabuleux ! La baie de Suva est vaste et protégée par un grand reef. Il y a de nombreux cargos au mouillage et il flotte dans l’air ainsi que sur l’eau des effluves de pollution. La ville nous semble gigantesque. Nous la longeons pour aller se placer avec les autres voiliers dans le fond de la baie, devant le Yacht Club. Comme à chaque fois que l’on change de groupe administratif nous devons nous présenter aux customs. Un taxi nous y emmène pour deux dollars. Dans le bureau surencombré de dossiers de la zone portuaire nos interlocuteurs ne sont pas pressés ; c’est le Fidji Time en action ! Une heure plus tard nous sommes dehors, un peu perdus aux pieds des buldings. Comme il se doit dans une grande ville, il y a beaucoup de monde, beaucoup de bruit. Nous voulons tout voir, tout acheter (fièvre acheteuse quand tu nous tiens !) et nous nous épuisons vite. Entre autre nous faisons l’acquisition d’une canne à pêche avec moulinet pour rivaliser avec Didier ; pêcheur talentueux. Nous commençons également à regarder le prix des peintures dans l’idée d’un carénage aux Fidji. Nous restons une semaine, descendant en ville tous les jours avec plaisir malgré un temps maussade caractéristique de ce côté-ci des montagnes qui s’élèvent jusqu’à 1325 mètres. Pour se rendre à Lautoka, notre prochaine destination nous devons contourner l’île (100 milles environ) pour aller à l’Est, la côte sèche et touristique des Fidji. Nous passons devons Nadi qui abrite l’aéroport international et un très beau temple Indou. A Lautoka nous mouillons tout près du quai de débarquement des cargos et profitons du ballet ininterrompu des grues qui chargent et déchargent les conténaires, agréable ambiance portuaire...en musique ! Lautoka, ville industrielle tout en longueur, incroyablement vivante, capitale de la canne à sucre. Les camions viennent de l’île entière pour déverser la canne dans le ventre de l’usine que nous apprenons à craindre puisque nous avons mouillé sous le vent de ses fumées. L’air est chargé en permanence d’une odeur de mélasse, de résidus de brulits et de poussière auxquels se mêlent les gaz des pots d’échappement lorsque nous marchons sur le bord de la route pour se rendre dans le centre de la ville. Lautoka, ville sans prétention des ouvriers au bas salaire, ville de la débrouille avec ses magasins de vêtements de récup deuxième main, son marché immense et ses roulottes Indoues pleines de friandises acidulées. A ce stade les Fidji nous ont conquis. Nous décidons de caréner à Vuda Point, petite marina excentrée où l’on peut voir des voiliers semi enterrés en prévision des cyclones. Et c’est parti pour un mois de travaux… La Mandragore est née tordue. Nous décidons de corriger ses défauts sur la coque à coup de kgs d’époxy et de la doter d’un nouveau balcon avant. La marina de Vuda Point est très agréable. Nous avons tout le confort nécessaire à un bon chantier ; douches chaudes, bar/restaurant, supérette avec pain frais tous les matins, temps ensoleillé. De plus pour se rendre à Lautoka (commander des peintures par exemple…) les bus sont fréquents et nous avons également la distraction du passage quotidien du petit train aux wagons chargés de canne. Les bateaux en carénage sont espacés et tu peux faire du bruit et du meulage sans que personne ne s’en plaigne. Après le chantier nous décidons de prendre un peu de repos dans les Yasawas, un groupe d’île à 25 milles plus à l’Ouest réputé pour ses plages et ses eaux cristallines. Effectivement c’est très beau ; grande richesse des fonds avec des coraux magnifiques, reliefs montagneux escarpés et nombreuses aires de baignade. Toutefois la navigation dans ces parages est malaisée. Il faut se méfier des nombreux hauts fonds et récifs qui effleurent ainsi que des effets de vent et de courant qui tournoie autour des îles. Pour notre part nous avons fait beaucoup de moteur pour se rendre au lagon bleu car nous avions le vent de face plein Nord alors qu’il soufflait de l’Est à l’extérieur. Concernant les mouillages, beaucoup sont en eaux profondes (plus de 15 mètres) heureusement de bonne tenue et presque tous sont rouleurs. Le lagon bleu est une exception, calme et bien abrité. Le spot est touristique ; hôtel, bateaux de croisière promène c….c’est joli mais après la Polynésie difficile de s’extasier…

Nous sommes restés une dizaine de jours aux Yasawas. Dans les villages nous avons eu bon accueil. Nous n’avions pas oublié d’apporter le cava au chef du village (parfois féminin comme cette octogénaire de Somosomo encore bien alerte). Le cava à base de racines du poivrier. Il est d’usage aux Fidji d’en offrir pour se faire accepter dans un village. Il est consommé dans toute la Mélanésie. Ici les locaux le réduisent en poudre et le diluent avec de l’eau pour le boire cul sec dans une petite coupelle que les hommes se font passer à tour de rôle en suivant le rituel (avant de boire il est d’usage de claquer une fois des mains en signe de respect et trois fois quand tu as bu). Il faut en boire beaucoup pour en ressentir les effets qui s’apparentent à ceux des drogues. Comme aux Tonga peu de villages ont l’électricité, on cuisine au feu de bois, mais dans ce coin la nature est généreuse et tout le monde mange à sa faim. Il n’y a pas de supérettes et nous comptions sur notre nouvelle canne à pêche… grande illusion n’en parlons plus….

Pour conclure disons que nous avons été vraiment charmé par les Fidji. Nous avons bien apprécié les paysages, l’ouverture d’esprit des Fidjiens, le coût de la vie, le réseau de bus, bref l’atmosphère…