Au sud ouest des Marquises s’étend un archipel de 880 km2 célèbre pour ces atolls coralliens bas sur l’eau dont le plus connu est probablement celui de Mururoa, utilisé par la France pour les essais nucléaires : Les Tuamotus. Situé sur notre route vers Tahiti nous nous arrêtons en premier lieu à Ahé ; Pèlerinage obligatoire car c’est sur cette île que le navigateur Bernard Moitessier a passé les derniers moments de sa vie et a écrit son livre Tamata et l’alliance. Ahé, comme tous les atolls des Tuamotus, est une ceinture de petits îlots (les motus) qui émergent en chapelet autour d’un lagon aux eaux peu profondes. Il n’y a pas de routes goudronnées mis à part dans le village principal et l’unique moyen pour rallier les motus reste le bateau. La récolte du coprah (noix de coco concassée) et le ramassage des perles constituent les principales activités économiques de ces îles. C’est peu, surtout en cette période de crise où les fermes perlières tournent au ralenti. Dans le village les jeunes sont désoeuvrés. A peine débarqué qu’ils nous proposent de troquer des perles contre de l’alcool, l’haleine déjà chargée de relents d’ Hinano, la bière locale. Et Doucement les gars, c’est 9 heure du mat’…. C’est dimanche aussi, les églises sont pleines. Des trois lieux de culte de ce tout petit village d’à peine 200 âmes émanent des chants liturgiques en Tahitien. Ainsi nous nous promenons dans des allées vides et avons tout le loisir d’observer les habitations et leurs jardins. Contrairement aux Marquises il y a peu d’arbres fruitiers. N’oublions pas que le sol est corallien donc sableux. Seuls les cocotiers poussent naturellement sur les atolls. La terre doit être importée et l’eau de pluie stockée. Pour l’électricité, des parcs de panneaux solaires sont installés. Nous sommes également surpris de croiser si peu d’animaux « consommables » ; des poules bien sûr mais pas de cochons ni de chèvres. L’aliment protéiné de base est le poisson qui foisonne dans le lagon. Il y a bien une supérette mais les prix sont prohibitifs. Nous restons deux jours et filons vent arrière sur Rangiroa, île voisine distante de 80 miles plus à l’ouest. Rangiroa est la plus grande île des Tuamotus avec 40 miles de long et 17 miles de large. C’est aussi la plus touristique. Son immense lagon est une véritable mer intérieure s’ouvrant sur l’océan via de nombreux chenaux et surtout deux passes profondes, lieux de prédilection des plongeurs, qui abritent une faune sauvage exceptionnelle ; requins et gros poissons en tout genre. Pour les voiliers le passage est délicat car, même si les passes sont larges, le courant est fort et provoque de gros remous à l’entrée. Comme ses consoeurs l’île est plate, balayée par le vent et le tour du motu principal est vite fait en vélo. Pour répondre aux demandes des touristes certaines fermes perlières se visitent, il y a quelques restaurants et des boutiques souvenir au village. Peu emballés par Rangiroa, nous nous ennuyions vite et décidons de gagner rapidement Tahiti. Tahiti est à 200 milles de Rangiroa et nous partons sous 15 nœuds de vent au travers. Alors que la météo s’annonçait clémente, en début de soirée le ciel se couvre, le vent passe au près et monte progressivement à 40 nœuds. Quelques heures plus tard le vent n‘a toujours pas molli. Nous essuyons grains sur grains toute la nuit ainsi que toute la journée du lendemain dans une mer hachée. Par moment les rafales montent à 50 nœuds. La navigation est éprouvante et ce vent contraire, le fameux Maramout, nous empêche de mettre le cap sur Tahiti. Vers 20 heures nous sommes en vue de Moorea, l’île sœur. A 7 milles le vent cesse brusquement, stoppé par les montagnes. Nous gagnons aisément la baie de Cook pour prendre un repos bien mérité.