Voilà près de deux mois que nous sommes à Cuba. Nous attendons un front Nord pour piquer au Sud vers Panama. Il nous tarde de quitter l’île et de naviguer dans des contrées plus accueillantes. Cuba a des atouts touristiques majeurs mais ses interdits et sa réglementation à l’égard des voiliers nous ont gâché notre escale. Nous ne regrettons pas cependant d’y avoir séjourné car c’était une expérience à vivre, plutôt marquante. On nous avait prévenu que la réglementation Cubaine pour les voiliers était astreignante. Nous confirmons ! Le 04 Décembre nous arrivons à Santiago de Cuba, après une navigation de 24 heures d’abord au travers puis au près avec un courant qui pousse à l’ouest. Nous sommes accueillis en Français ; le gérant de la marina le pratique assez bien. Ensuite c’est le défilé, d’abord deux médecins qui s’informent de notre bonne santé et qui en profitent pour vérifier nos médicaments. En partant ils nous demandent discrètement si nous n’avons pas quelque chose pour eux ! Agnès leur donne du champoing. Montent à bord ensuite deux vétérinaires qui contrôlent nos aliments ; tout va bien nous pouvons baisser le pavillon jaune de quarantaine. Maintenant c’est le tour des douaniers qui débarquent à quatre avec deux chiens. Ils resteront 2 heures à transpirer avec leurs grosses chaussures à vider nos coffres et à rechercher des miettes de tabac dans le fond du bateau qu’ils analysent à l’aide de produits chimiques !!!! Désolé la came n’est pas caché ici ! On a la légère impression d’être des terroristes ! Sans nous demander l’autorisation, ils prennent avant de partir (bredouilles mais aucunement honteux) des photos de l’intérieur de notre sweet home ! Pour clore le défilé deux policiers se joignent à la liste. Heureusement que ce n’est pas nous qui remplissons les papiers ! Nous commençons à en avoir une sacrée collection et marre aussi. Nous sommes arrivés à 11 heures, il est 16 heures maintenant. Nous avons enfin le droit de débarquer. Nous attendons le lendemain pour nous rendre à la ville qui se trouve à une dizaine de kilomètres. Il nous faut retirer les CUC (monnaie des touristes) nécessaires pour toute cette administration poussiéreuse. Une entrée à Cuba pour un mois se chiffre à une centaine d’euros pour deux. La ville de Santiago est belle mais les locaux sont assez quémandeurs. Nous prenons plaisirs à la visiter. C’est amusant d’observer les voitures américaines des années soixante qui pétaradent et paradent sous les façades des beaux monuments de Santiago. Les musiciens sont au rendez-vous sur la place publique où Julien prend le temps de déguster un cigare. On est à Cuba tout de même ! Nous déjeunons à midi dans une casa particulière, restaurant privé très répandu sur l’île qui permet aux touristes de s’offrir un festin de poissons et de langoustes à un prix raisonnable. Nous constatons également sans trop de surprise que les magasins sont vides et que les affiches de propagande du parti sont partout. Dans la baie de Santiago le seul endroit où nous sommes autorisés à pouvoir débarquer est la marina grillagée où nous sommes ; à l’entrée un peu sur tribord. Les équipements sont élémentaires et le vent nous apporte les odeurs de fumée de la centrale électrique à fioul située en aval. Nous n’y resterons que deux nuits. Nous quittons Santiago avec soulagement après une ultime visite des douaniers (pratique obligatoire à l’entrée et à la sortie du voilier) par faible vent et nous mouillons pour la nuit à Pilon une centaine de mille plus à l’ouest. Pilon n’est pas dotée d’une « marina internationale » ; nous n’avons donc pas le droit de débarquer à terre. Cela ne nous empêche pas de recevoir la visite des douaniers qui ont le devoir d’inspecter le bateau et de nous prendre nos documents : le fameux despacho ! Seulement, le lendemain alors que nous avions prévu de repartir de bonne heure nous avons attendu jusqu’en début d’après midi que les autorités trouvent une embarcation pour nous rapporter le despacho ! Désolés et en colère contre l’administration Cubaine nous filons sur les Jardins de la reine où nous y restons une dizaine de jours loin des bureaux et des paperasseries interminables. Dans cette grande étendue de mangrove se trouvent de nombreux cayos qui ne sont pas habités, propices au mouillage et à la pêche à la langouste. Lors de nos baignades, dans une eau assez trouble, nous en trouvons parfois une dizaine cachées sous un seul morceau de corail ! Nous faisons également la rencontre de sympathiques pécheurs avec qui nous faisons du troc, du poisson contre du rhum. Aux jardins de la reine, nous prenons le temps de flâner et naviguons la nuit pour profiter de la brise thermique. Après l’anniversaire de Julien, les fêtes de Noël approchent et nous décidons de regagner la civilisation. Nous mettons le cap sur Trinidad ; une ville encensée par les guides touristiques. Encore une fois, les autorités nous posent des problèmes ! Nous n’avons pas le droit de mouiller devant le port de pêche, et notre grand tirant d’eau ne nous permet pas de rentrer à l’intérieur du lagon à moustiques où se trouve la marina. Il a fallu que Julien s’énerve un peu pour que les douaniers nous autorisent à mouiller à l’extérieur ; contre une décharge écrite stipulant que nous sommes les seuls responsables en cas de vol ou autres tracasseries. Comme ils n’ont pas de bateau de fonction, c’est notre petite annexe qui fait la navette pour les formalités ; visite du bateau et confiscation du despacho. Pour se rendre à Trinidad de la marina nous pouvons prendre un bus à l’hôtel voisin. En chemin nous passons devant des champs labourés par des bœufs. La cité, bien que classée entièrement aux patrimoine de l’Unesco, est plutôt délabrée mais possède un charme rural avec des rues pavées. Une fois sortis du vieux quartier la misère des bâtiments est encore plus palpable. Comme au Cap Vert certains quartiers n’ont pas l’eau courante. Nous croisons de nombreuses charrettes tirées par des ânes et, tandis que nous attendons devant un dépôt de pain, nous rencontrons un homme surprenant. Il connaît très bien sans jamais y avoir séjourné la géographie de la France, le nom et les numéros de tous les départements. C’est le premier d’une petite série de personnes très cultivées que nous allons rencontrer par la suite. Nous restons une petite semaine dans les parages de l’hôtel qui propose une connexion Internet et rejoignons Cienfuegos. Cienfuegos est une grosse ville qui se trouve à 300 Km dans le SE de la Havane, nous y restons quinze jours à attendre mes parents. Nous ne souhaitons pas remonter sur la cote N de Cuba et cette ville qui possède une « marina internationale » est le plus proche endroit où nous avons le droit de débarquer et d’embarquer mes parents qui atterrissent à l’aéroport de La Havane. Nous profitons de ce break pour refaire la bande UV de notre génois (trois jours de travail avec notre petite machine à coudre) ainsi que de nettoyer le bateau et faire la grande lessive. On trouve à Cienfuegos une laverie automatique avec des machines assez récentes à moins de un euros la tournée. Comme dans beaucoup d’endroits réservés aux Cubains, il y a une file d’attente impressionnante et, lorsque l’on arrive, il vaut mieux demander après qui l’on doit passer et prendre patience… Nous avons attendu 6 heures au total, ponctuées de coupures de courant, pour faire nos deux grosses machines !!!!! Nous comprenons un peu mieux comment fonctionne le peuple avec ce système communiste. Les salaires sont très bas, à peu près cent cinquante euros par mois pour un médecin spécialisé, mais le parti fournit le nécessaire vital ; le logement, le travail, les produits de base que l’on trouve dans des boutiques spécialisés en présentant son carnet de rationnement. L’enseignement est gratuit et obligatoire jusqu’à 16 ans, beaucoup de gens ont le niveau bac et s’orientent sur l’étude des langues étrangères ou la médecine qui peuvent leur permettre de sortir du territoire dans le cadre de missions humanitaires. Ici chacun se débrouille comme il le peut pour gagner quelques pesos supplémentaires ; certains sont préposés à la charge et à la réparation de briquets, d’autres, plus ambitieux, proposent des contrefaçons de rhum et de cigares aux touristes. Il y a deux monnaies en cours à Cuba, le pesos (pour les Cubains) et le pesos convertible dit aussi CUC réservé aux touristes et qui est plus de vingt fois supérieur ! Tout est bon pour récolter des CUC qui ouvrent les portes des boutiques « de luxe » réservés aux touristes où tout s’achète en CUC. Elles sont plus fournies que celles réservées aux Cubains. Les produits sont importés ; on y trouve du shampoing, du parfum, des produits ménagers, des vêtements et de l’alimentaire. Nous avons également remarqué que les gens dans la rue étaient plutôt bien habillés et qu’ils paraissaient assez gais malgré les privations qu’un tel régime peut engendrer. Le 9 janvier nous accueillons mes parents qui arrivent avec une journée de retard suite aux chutes de neige sur Paris. En dédommagement, ils ont profité d’un vol Madrid-La Havane en première classe. Nous avions prévu de quitter Cienfuegos le soir même, mais un coup de vent du Nord nous en empêche. La météo n’est décidément pas avec nous. Nous mettons le cap sur Cayo largo le lendemain matin sous bonne brise au portant. Nous arrivons en soirée sur le site, soixante dix milles plus loin au large. La vocation de Cayo largo est touristique. Il n’y a pas de village. On y trouve une marina, un aéroport international avec des vols direct sur le Canada et de nombreux hôtels assez bien fondus dans le décor pour une fois. Les plages de sable blanc sont magnifiques et la mer a retrouvée sa couleur turquoise. Quel dépaysement par rapport à la cote S ! Nous ne restons pas et partons en quête d’îlots déserts en direction de l’île de la Jeunesse. Il ne fait pas chaud, mais cela ne nous empêche pas pourtant d’explorer les fonds sous-marins, en quête de langoustes. Malheureusement dans cette région le corail n’a plus beaucoup de couleurs. Il y a du poisson mais les langoustes ne sont pas au rendez-vous, dommage ! Nous atteignons L’île de la Juventud 3 jours plus tard sous un beau soleil et un vent de Sud qui va perdurer pendant un petit moment. Joël et Josette peuvent enfin profiter de bains de soleil dans une jolie crique à l’eau transparente; enfin surtout Josette parce que Joël a attrapé froid et doit garder le lit. Nous débarquons dans une petite marina, qui ressemble à une caserne militaire, près de l’hôtel Colony, excentrée de tout, au Sud de l’île. Pour rejoindre Nueva Gerona, la ville principale située au Nord, nous faisons une heure de bus dans la campagne sur une route assez cahoteuse. Le seul intérêt de Nueva Gerona est la visite du pénitencier. C’est dans cette prison, aujourd’hui hors service, qu’étaient enfermés Fidel Castro et sa bande avant la grande révolution. Nous profitons également d’être en ville pour réserver les billets du bateau/navette qui ramènera les parents sur Cuba le jour de leur départ. Celui là approche vite et nous réserve une mauvaise surprise administrative (une de plus !). En effet, nous apprenons la veille vers 16h qu’il faut qu’on se rende tous ensemble à Nueva Gerona dans le dernier bus de 17h pour remplir le papier qui précise que les parents quittent le bord. Leur taxi est à 5h du matin le lendemain ; il faut impérativement faire les papiers maintenant. Inutile de préciser qu’on s’en serait bien passé et que les autorités Cubaines nous auront vraiment ennuyées jusqu’à la fin! Pour conclure nous devons avertir les plaisanciers que le coté liberté du voilier en prend un bon coup. L’état de Cuba est en train de changer son système d’accueil. Il a déjà évolué par rapport à ce que l’on nous avait rapporté il y a 6 mois. Nous avons l’impression qu’ils ferment l’île de plus en plus pour concentrer tous les voiliers dans les marinas internationales afin de mieux les contrôler. Les amateurs de pontons y trouveront leur compte ; avis aux autres….