En trois jours de navigation, nous sommes à Gaciosa . Pour ne pas déroger à la règle, nous amerrissons de nuit au pied d’un volcan, rassurés par la présence d’autres voiliers, devant la magnifique plage de Francesca. Seulement, le lendemain matin, l’ancre était bel et bien prise sous une roche par 15 mètres de fond. Pour se dégager, j’ai du me mettre à l’eau avec le matériel de plongée. L’opération n’a pas été des plus simple, en effet après avoir accroché un orin j’ai déhalé l’ancre de rochers en rochers sur 10 mètres pendant qu’Agnès soulageait la traction de la chaîne en m’appuyant au moteur. Une heure après nous étions dans la marina de Graciosa accosté à un ponton sans eau ni électricité. Nous apprendrons par la suite que cette caractéristique est due à la pression des pêcheurs locaux, qui ne souhaitaient pas voir leur port envahi de touristes. Graciosa reste encore très typique ; les rues sont en sable et on peut trouver dans la montagne très aride quelques carrés de verdure cultivés à grande peine par les habitants. La plage située juste à coté du port offre un très bon abri aux navigateurs et, au moment où nous y sommes, on peut compter une bonne vingtaine de voiliers de voyage présents sur l’île. (surtout des Français !) Nous profitons de cette escale pour nous dégourdir les jambes dans une mémorable ascension à même les ravines d’un volcan, au sommet duquel nos yeux se sont régalés de la splendeur de l’île avec ses reliefs polis par le vent. Nous sommes restés quatre jours, gênés malgré tout, car, quoi que fassent les pêcheurs le tourisme tant à se développer.

En essayant de fuir ainsi les voiliers toujours plus nombreux à s’approprier ce petit paradis nous avons mis le cap sur Lanzarrote, plus grande, plus peuplée que sa voisine. Hélas, Hélas, que dis-je, misère de misère nous avons troqué la compagnie de sympathiques circumnavigateurs contre celle, affligeante des amateurs d’hôtels de luxe, des complexes gigantesques, des temples de la consommation de masse. Un peu plus loin nous avons trouvé à Tenerife l’anonymat salutaire d’une grande ville. Nous avons marché avec plaisir dans ses rues ombragées, goûté aux charmes de son grand parc municipal tout de fleurs, de fontaines et d’arbres étonnants. Nos avons également profité de cette escale pour refaire le plein du bateau, régler les papiers et autres démarches utiles à la poursuite du voyage. Autre île, autre paysage. Mise à part son caractère volcanique et son éternel soleil, la Gomera diffère considérablement des îles précédentes, plutôt désertiques et ensablées. Ses reliefs rocheux et boisés propices à la randonnée se rapprochent plus de Madère. Un petit salut au passage au couple de Français avec qui nous avions marché là-bas et qui nous avaient, en promeneurs avertis, recommandé La Gomera. En deux marches, assez singulières, nous avons pu pleinement nous rendre compte de la richesse des paysages de l’île. Pour la première nous étions limités dans le temps. Pour cette raison nous avons choisi sur la carte un allez retour qui semblait très court conduisant à une retenue d’eau. Quand nous sommes arrivés au point de départ nos avons eu la surprise de se retrouver devant une falaise haute d’environ 500 mètres. Le chemin était très raide, mais après 45 minutes d’efforts, nous y étions venu à bout. Pour la seconde nous sommes partis à la journée du point quasiment le plus haut de l’île pour rejoindre, en traversant une vaste forêt de cèdres, les plantations de bananiers au contrebas. Nous sommes restés 5 jours au port de la jolie ville de San Sebastian , bien placés, avant de reprendre notre route vers l’île la plus occidentale des Canaries, Hierro . Hierro c’est l’île que j’attendais, toute en simplicité, belle comme tout avec ses roches noires et ses forêts de pins embrumées. Là-bas nous avons eu l’occasion de faire de la plongée et de visiter l’île en autocar. Comme elle n’est pas très peuplée tout le monde se connaît. Dans l’autocar le chauffeur distribue des schewing gum et mélange la politique aux chants et aux rires sur fond de musique local…